Djahida HOUADEF

Rêves d'Afrique




Rêves d'Afrique
65X50cm. Technique mixte sur papier 2013


Empreintes

 

 

Je vis dans un monde et je peins un autre. Cet autre monde, quelles que soient ses offrandes, ses joies et ses douleurs,  équilibre et équilibrera longtemps encore, par sa magie, mon existence. Il imagera par sa force métaphysique la lumière dans mes ténèbres. La lanterne de son esprit et ses sens trient l'inconnu pour me le rendre compréhensif et à la limite de l'accessible. Une lanterne qui cherchera en moi la moindre graine cachée dans mes entrailles pour l'arroser de vie, la purifier à l'air libre, la baigner dans le soleil, la faire éclore comme une chrysalide, et l’élancer de mon for intérieur comme une jeune pousse folle, en quête de lumière et d’altitude.

 

Par cette irrésistible délivrance, mon âme flâne, légère et libre. Elle suit à la lettre cette écriture graphique, calligraphiée et composée par les courbes de la ligne en arabesque, ces gestes enlaçant et suaves d’une danse orientale, aux rythmes des contes et des légendes contés sur la route de la soie, longue et  serpentée. Des lignes souples et caressantes, au toucher velouté, de toutes les poteries aux proportions féminines, façonnées dans cette charnelle terre; enfoncées jusqu’à ce qu’elles se gravent à jamais dans cette roche résistante aux forces arides, support approuvé par le temps pour témoigner du passé, de notre histoire, ou peut-être même esquisser sur les pages tramées des écoliers des  lignes fuyant vers des horizons, des devenirs...Cette ligne en flèche qui ,parfois, en partant de son horripilant carquois, touche  les cœurs accablés par l'indifférence.

 

Et lorsque la ligne encerclera le débordement de la matière, elle ne rehaussera que davantage les auras positives. J'escaladerai avec elle les degrés de la beauté, du sublime au laid, je n'en aurai que de l'extase. Je garderais volontiers ces moments de privilège d’être dedans, totalement dedans, où je scruterai à l'œil de lynx les moindres détails, où je détecterai les lointains échos et où je flairerai les subtiles fragrances. Mon souffle agrémentera le néant céleste qui ne peut remplir le vide que par mon vide. Je cheminerai les traces et les sensations des vécus afin d’en laisser d’autres. Je m'aventurerai avec Ulysse, poussée par les voiles sur les sillons des vagues de la mythologie grecque. Sous les océans, j'aviserai les prémonitions d'une vie future avec Jules Verne. Je tournerai la manivelle des machines de Charlie Chaplin et je brandirai les banderoles de la révolution industrielle d'Emile Zola. Mes sens vibreraient d'amour passionnel et savoureraient les nouvelles sensations avec Guy De Maupassant. Et avec Pearl Buck, je gouterai au riz cultivé avec l'haleine des robustes paysans montagnards de Chine.

 

Je frotterai mes outils sur mes supports vierges, comme le ferait Aladin sur sa lampe merveilleuse et mes yeux se rempliront de cette magie de la couleur qui s'offre à moi. Je composerais toutes les combinaisons possibles, susceptibles de stimuler mes sens , telles que l'harmonie, la juxtaposition, le mariage, le contraste, les nuances, les camaïeux, les froides, les chaudes, les dégradés, les primaires, les secondaires, les tertiaires, les complémentaires, les neutres, et toute la chromatique . Pendant cet acte de créativité, mon âme se fige dans son accomplissement. C'est un éternuement, un arrêt cardiaque qui cède ma vie à cette renaissance, à mes désirs enfouis, aux rêves embryonnaires qui m'habitent. Cet acte créatif, sincère, authentique et répétitif, s’interfère entre mes gestuelles et mon regard posé sur l'œuvre, apaisant ainsi mon âme, incitant chaque atome en moi  à l’immuable besoin naturel du cycle de la création.

 

Une fois libérée, je me recroqueville comme un cloporte sur moi-même pour questionner mon essence, me projeter sur une autre performance en quête de quelque réponse afin de me comprendre quand je porte mon regard sur les autres...

 

 

Djahida Houadef

Artiste Peintre

Ecrit le 1 mai 2014