Djahida HOUADEF

En Pâle Estime




   

 

 

En Pâle Estime

 

 

 

" Étrange à quel point la mort d'un autre vous ramène inévitablement à votre propre vie. Tout est si éphémère."

 

 Christiane Villon

 

Le chaos atroce de toutes les images signées par de semblants humains ont déshérité à l’outrance mon âme… jusqu’à la réincarnation. Mort s’en suit… mort s’en suit... Mort s’en suit... Je me regarde en Palestine, mon corps s’est multiplié en mille… Mes yeux ouverts et inanimés, je suis à Gaza, à Jabalya, à Beit Lahia, à Beit Hanoun et je suis même à El-Qods Echarif… Mes corps sont transpercés, déchiquetés, mutilés et jetés sans bruit aucun, comme de vieilles et molles chaussettes dans la poubelle de l’oubli.

J’ai perdu ma mère, j’ai perdu mon père, ma sœur, mon frère. J’ai perdu tous les miens... Où suis-je ? Dieu ! Où suis-je ? Sur terre ou en enfer ? Je ne sens rien ! Sous l’effet du feu et de la douleur, mon esprit a réduit mes sens en cendres et en poussières. Je n’ai plus de voix pour crier ma condamnation, et aviser mon existence aux aveugles. Je n’ai plus d’yeux pour miroiter la beauté de mon âme aux silhouettes sombres. Pas plus de membres pour cheminer dans les paradis sensuels des fleurs et des senteurs, et aviver la terre aux ravageurs déracinés… Plus rien d’autre que le déchirement de mon corps et l’égouttement de mon sang. Un goutte à goutte irriguant et couvrant un sol au rougeoiement imbibé et  imprimé par tant de pointures de pas écrasants et destructeurs.

 

Une conception en plusieurs exemplaires affichés aux passagers inertes et sans indulgence. Le millier de mes corps entassés sur les champs de bataille suffirait-il pour aligner la force haineuse à la fin de course, ou, dois-je mourir et mourir encore  jusqu’à l’extermination de mon peuple et de toute l’humanité ? Ou peut-être dois-je trouver un geste de baguette magique et un mot hypnotique pour répéter en chœur et à l’infini « STOP ! ».

Ces semblants d’humains auréolés d’une des étoiles, devaient pourtant préserver la divinité du testament, tolérer mon existence, éclairer mon monde et, par la quiétude, me le rendre magique… Mais le mal, par son poids, lourd et douloureux, a fait basculer la terre vers la voix de disparition, et a tristement vaporisé l’humanité… je suis morte… je suis morte mille fois… réincarnation ! Y aurait-il sur cette terre un homme, un seul homme, qui pourra m’empêcher de me réincarner en animal ?

 

 

 

 

Djahida HOUADEF

Artiste Peintre

Alger, 18 janvier 2009